Metagame / Métajeu

Metagame / Métajeu (raccourci en meta), un mot que l’on entend de plus en plus souvent depuis l’essor de l’e-sport, mais que l’on utilise à tort à et à travers. Alors, que cela veut-il dire ?

go[1]Notez à quel point cette photo représente bien l’e-sport.

LE POINT CRITIQUE (OU PAS)
Il est très important de rétablir la vérité sur quelque chose : Si vous êtes informaticien, vous vous moquez sûrement des gens qui disent « la wifi » car vous avez probablement les oreilles qui saignent à chaque fois. Si vous n’êtes pas informaticien, c’est sûrement la même chose quand quelqu’un dit « une avion » par exemple.

Eh bien c’est pareil quand on est game designer ! Nos oreilles saignent à chaque fois que quelqu’un dit « LA meta ».

Dans le milieu du jeu vidéo, il est commun de dire « la game » pour parler de « la partie », d’où l’utilisation du terme « game » au féminin, contrairement à « le game » quand on parle du jeu en général (exemple : « il pèse dans le game ! »). Malheureusement, on parle bien plus souvent de la partie que du jeu en lui-même, et c’est cette utilisation outrancière de « game » au féminin qui a féminisé l’utilisation de « metagame ». Le joueur actuel est persuadé qu’on dit « la meta » alors que seulement 10 ans en arrière, tout le monde disait encore correctement « le ».

C’est bel et bien « le metagame/métajeu ». Jeu est un mot masculin, l’ajout du préfixe méta ne change pas son genre.
Tout comme on dit un métalangage ou la métaphysique.

« Oui mais metagame est un mot anglais, il n’a pas de genre donc on dit ce qu’on veut » allez vous me dire. Eh bien non ! Le mot metagame est utilisé ici en français, il doit donc obligatoirement avoir un genre. La règle pour les anglicismes (ou autres mots étrangers sans genre) est qu’ils doivent adopter le genre de leur équivalent français.
En l’occurrence, metgame ayant une traduction directe au masculin (métajeu) il en prend aussi le genre.

DEFINITION
Méta est un préfixe qui vient du grec et qui signifie « au-delà de » et métajeu fait référence à l’ensemble des règles utilisées par les joueurs, qui ne sont pas les règles officielles du jeu. Par exemple : quand tout le monde met son argent au centre du plateau de Monopoly après avoir payé sur une carte Caisse de Communauté, argent que le premier joueur qui passe au Parc va récupérer… c’est du métajeu, cela ne fait pas partie des règles officielles du Monopoly, ce sont des règles « au-delà » de celles du Monopoly.

Dans un jeu où l’on retrouve une question d’équilibre et un affrontement entre les joueurs, le métajeu inclut donc toutes les stratégies et actions ayant le plus chance de gagner. Comme elles sont statistiquement plus performantes, l’ensemble des joueurs va s’attendre à ce qu’elles soient exploitées.

Pour la suite j’ai envie de faire le flemmard et de mentionner la définition de Wikipédia ; et puis honnêtement, pour une fois qu’une définition de jeu vidéo sur Wikipedia ne dit pas complètement de la m****e, ce n’est pas incohérent d’en profiter.

Metagame (ou métagame, parfois francisé en « méta-jeu ») désigne, dans le cadre d’un jeu, l’ensemble des stratégies et des méthodes qui ne sont pas explicitement prescrites par quelque règle que ce soit, mais qui résultent de la seule expérience des joueurs. Il fait également parfois référence aux manifestations de l’univers du jeu en-dehors du jeu lui-même.

Ok, mais ça ne parle pas forcément à tout le monde. Wikipedia donne aussi ces exemples :

  • Aux échecs, si un joueur fait usage d’une tactique visant à faire mat en quelques coups, et que son adversaire s’en rend compte et fait obstacle à cette tactique, on pourrait qualifier le jeu de ce dernier de metagame (son expérience lui ayant permis d’analyser, déconstruire et enfin contrer l’initiative de son adversaire).
  • Dans les MMORPG, on appelle metagame l’ensemble de toutes les combinaisons (équipements/techniques/équipes de personnages…) qui ne sont pas prescrites par la règle du jeu et qui résultent donc d’observations empiriques des joueurs. Ainsi, le metagame d’une classe de personnage peut varier en fonction du metagame des autres classes, notamment en cas de rééquilibrage. Il en est de même pour les TCG de type Magic : the Gathering ou Yu-Gi-Oh! : on parle de metagame pour désigner à la fois la composition du deck d’un joueur et les stratégies auxquelles il a recours, qui résultent notamment de son expérience du jeu adverse. Dans Pokémon, le metagame va regrouper les pokémon par utilisation des joueurs et par leur fréquence d’utilisation, on parle aussi de metagame pour désigner toutes les combinaisons d’attaques, de statistiques et d’objets attribués au pokémon.
  • Dans un RTS comme StarCraft, le terme de metagame est employé de diverses manières. Lorsqu’on parle du « metagame actuel », on fait référence à l’ensemble des stratégies couramment employées au moment où on s’exprime. Ces stratégies ne représentent qu’un sous-ensemble de toutes les stratégies possibles, et l’état du metagame évolue selon des facteurs aussi variés que les effets de mode, des patchs, etc. En parlant d’une partie spécifique, « metagame » est parfois utilisé comme un synonyme de « brain », c’est-à-dire l’art de feinter son adversaire en lui révélant de fausses informations. C’est souvent quand un jeu de ping-pong entre deux adversaires particulièrement versés dans le brain s’installe qu’on parlera de metagame.

Comme on peut le constater, l’article de Wikipedia s’intéresse au conséquences du métagame, et non pas à sa définition initiale (les règles des joueurs vs les règles du jeu), mais cela reste un bon moyen de se représenter ce que ça peut signifier en pratique.

Si c’est encore flou, prenons un exemple :

LE JEU DE GO
Pour faire simple, le but du jeu de Go est de marquer des points via des zones (les « territoires ») en posant des pions (appelées « pierres ») sur des intersections du plateau (appelé Goban). Chaque intersection dans l’un de ses territoires vaut 1 point.
Comme aux échecs, un joueur possède les blancs et l’autre les noirs.

goban[1]

Il se trouve qu’au jeu de Go, celui qui commence (le joueur ayant les noirs) possède un avantage énorme. Les stratégies pour gagner en jouant Noir étaient bien plus faciles à appliquer que les stratégies en jouant Blanc.
Il existe donc une règle (le komi) qui donne des points dès le début de la partie à Blanc pour qu’il puisse rattraper son retard. Le komi a évolué au fil du temps et n’est pas le même dans tous les pays. Actuellement, il est de 6.5 ou 7.5 points.
Cela veut donc dire que dès que la partie commence et que le plateau de jeu est vide, Blanc mène 6.5 à 0 (ou 7.5 à 0 dans d’autres pays).

À cause du komi, noir a du adapter sa stratégie pour gagner. Les coups qu’il jouait avant sont moins efficaces. Le komi n’a pas toujours été à cette valeur là, il a été à 2, 3 points, 4.5, puis 5.5… A chaque fois qu’il s’est modifié, Noir et Blanc ont du s’adapter.
Les mécaniques du jeu ne changeaient pas, mais par cette simple modification de valeur, toutes les stratégies gagnantes ont été modifiées. Les ouvertures ne sont donc plus les mêmes et le metagame évolue.

DANS LE JEU VIDÉO
Parlons maintenant de ce qui nous intéresse : le jeu vidéo.

En appliquant ce que vous avez lu sur le jeu de Go au jeu vidéo, vous pouvez constater que c’est la même chose : Dans League of Legends ou Hearthstone, les règles ne changent quasiment jamais et restent fondamentalement les mêmes ; mais avec l’addition de contenu (nouvelles valeurs/mécaniques) et le rééquilibrage (changement de valeurs), le metagame évolue aussi !

Dans LoL, les items/champions puissants ne sont plus les mêmes et dans Hearthstone c’est pareil pour les cartes : de nouveaux combos apparaissent, certaines cartes sortent des decks, d’autres entrent dans chacun d’eux.

Autre exemple pour League of Legends : Avant le « metagame » imposait une personne (généralement mage) sur le chemin du milieu, 2 personnes en haut et 2 personnes en bas. Puis le rééquilibrage à permis à certains personnages de jouer dans la « jungle » en tuant les packs de monstres neutres dès le début de la partie (devenu les « junglers »). Les formations se sont modifiées en 1 (tank) en haut, 1 au milieu, 2 en bas (dégâts et support) et 1 dans la jungle.
Mais mêmes si ces « règles » sont respectées par la plupart des gens, certaines compositions de champions peuvent permettre d’autres stratégies de placement… jusqu’à ce qu’une stratégie plus efficace que les autres voit le jour par rapport à la stratégie majoritairement utilisée et soit adoptée par la communauté, faisant ainsi évoluer le metagame.

« C’EST META, C’EST HORS-META »
Pour le joueur de jeu vidéo actuel, via des raccourcis de sens, la définition de metagame a dérivé en : « les éléments de contenu les plus forts pour une période donnée », donnant naissance au « hors-méta » qui désigne donc « les éléments du contenu les moins forts pour une période donnée ». Par exemple : « Ce héros n’est pas méta » ou  » cet item est hors-méta » pour dire que l’élément n’est pas joué à une période particulière du jeu (généralement la période actuelle).

En réalité, si un élément du contenu n’est pas utilisé par les joueurs, c’est justement parce qu’une règle implicite commune à la majorité des joueurs indique qu’il ne rentre dans très peu de stratégies gagnantes. Si vous avez suivi la définition du mot, vous comprenez donc que c’est bel et bien… du metagame !

Ou en tout cas leur fait croire que ça ne rentre dans aucune stratégie gagnante ! Ce qui explique des comportements hostiles de la part des joueurs en fonction des personnages/objets que l’on utilise soi-même quand ils sont de façon générale peu usités, alors qu’en fait par rapport à l’environnement actuel ils peuvent s’avérer être efficaces. Cela montre que dans le sens modifié de « metagame » utilisé par les joueurs rentre aussi la notion de popularité.

Comme l’équilibrage des contenus des jeux vidéo évoluent bien plus vite que la maîtrise des joueurs dans ce même jeu vidéo, c’est même cette popularité qui prend le dessus pour la majorité de la communauté : « si les pros ne jouent pas tel élément, c’est qu’il est nul », jusqu’à ce que tous les pros se mettent à jouer l’élément X. Bien que cela ne veut pas dire que l’élément Y est moins bon.
League of Legends a de maintes fois montré qu’un personnage peu joué, considéré « hors-méta », peut s’avérer tellement efficace dans un environnement particulier qu’il nécessite un nerf (équilibrage vers le bas)… sauf qu’il faut attendre qu’un professionnel le joue pour que la communauté l’accepte, qu’un patch soit effectué, et que le metagame évolue.

CONCLUSION
Ce n’est pas plus compliqué que ça : Le « metagame actuel » fait références aux règles « au-delà du jeu », celles appliquées par les joueurs qui ne sont pas de vraies règles du jeu prévues par les concepteurs. Vous comprenez ainsi qu’un jeu sans métajeu, cela n’existe pas !

Au fil de son utilisation et de son appropriation par les joueurs, son sens à évolué pour signifier différentes choses, conséquences de ce que représente le métajeu au départ. Ce que cela montre, c’est que le terme « metagame » n’est pas adapté aux conversations des joueurs, mais qu’en plus il entraine des confusions car il mélange à la fois la popularité d’un élément et son efficacité (plus ou moins supposée/calculée/analysée) sur un plan stratégique, ne favorisant pas les discussions polies et courtoises dans les communautés de grande échelle.

En effet, si on en suit le sens du metagame, il EST différent à chaque stade du jeu, car les stratégies gagnantes ne sont pas les mêmes si les joueurs sont des experts ou non. Par exemple dans Heroes of the Storm, la Lt Morales est une héroïne de support plutôt efficace mais risquée et difficile à jouer à haut niveau de ligue car elle est très fragile… mais à bas niveau de ligue, c’est de loin le meilleur support du jeu car la majorité des joueurs s’attaquent au premier ennemi qu’ils voient : généralement le tank, dont le but est d’encaisser les dégâts. N’étant plus menacée, son défaut d’être moins résistante que les autres n’existe quasiment plus, son efficacité en tant que support peut ainsi s’exprimer de façon exacerbée.

À vous de choisir quelle utilisation vous voulez lui donner, mais maintenant vous savez tout ! 🙂

(Et pis « meta » c’est masculin.)